Dans l’Enfer
Des
Universités françaises
La première année est une véritable révélation. Les volumes horaires n’ont rien de comparable à ce qui a été connu jusqu’ici, sauf en de rares filières extrêmement dures (Médecine, Pharmacie et Droit), où la trentaine d’heures de travail personnel est largement dépassée.
Pour beaucoup d’étudiants, la FAC est l’occasion de prendre un appartement, de s’affranchir des contraintes parentales : on rentre à l’heure que l’on veut, on fréquente qui l’on veut, on sort quand on veut...
Les cours ne sont plus obligatoires, sauf quelques uns, spécifiques (travaux dirigés, travaux pratiques). La tentation est grande, le lendemain de soirées étudiantes ou entre amis, de ne pas se lever pour aller assister à un cours à
On peut estimer à un tiers le nombre d’étudiants qui se perdent au cours de la première année dans les différents pièges de la vie étudiante et ne réussissent que partiellement leurs examens, quand ils n’échouent pas, et / ou se réorientent dans une autre filière.
Ce taux élevé d’échec n’est pourtant pas surprenant. Outre les facteurs d’échec cités plus haut, il faut noter que les conditions de vie des étudiants ne sont pas toujours faciles.
Bien souvent, il leur faut trouver une source d’argent, que leur parent ne peuvent pas fournir. Les critères d’attribution de bourses sont assez stricts, les fonds n’étant pas extensibles à l’infini, et seuls quelques élus peuvent prétendre à autre chose qu’une simple exonération des frais d’inscriptions.
Au stress des études s’ajoute donc celui de l’argent. La solution, pour quelques uns, est de prendre un petit boulot, bien souvent au détriment de leurs études. D’autres usent de combines plus ou moins légales. Mais la majorité vit avec ses soucis, économisant au maximum sur les moindres dépenses.
Le statut étudiant peut paraître à certains comme une sorte de position privilégiée. Il est vrai que les avantages sont nombreux, avec des réductions en tout genre, et des vacances assez longues.
La vérité est que le statut d’étudiant est une position peu confortable, entre le milieu scolaire et le milieu professionnel, sorte de passage obligé pour nombre d’étudiants vers des postes d’importance plus ou moins grande au sein des administrations ou de la société.
Cette situation, normale dans une société développée économiquement, c’est à dire une société de services plutôt qu’une société industrielle ou agraire, est toutefois une bénédiction pour un large panel de prédateurs sans scrupules.
Il n’est pas rare, désormais, de voir au sein des facultés françaises des affiches promotionnelles pour une rencontre avec une personnalité quelconque, le plus souvent locale, sur un sujet d’actualité. Si les universités sont des lieux de culture, où l’échange et l’apprentissage doivent être privilégiés, il est à déplorer que dans la plus grande partie des cas, les intervenants ont tous un but plus ou moins avoué. Dans un cas, faire sa promotion personnelle, en parlant d’un livre sur un sujet « brûlant », écrit en quelques jours, mais qui n’apporte rien au débat ; dans un autre, parler d’un sujet préoccupant, comme le changement climatique, en se posant en éveilleur de consciences, alors qu’en fait, la théorie n’est pas pleinement validée par les modèles scientifiques et qu’il existe nombre d’autres éléments de réponse, moins spectaculaires, mais tout aussi valables.
Ces deux situations, à visées purement égotiques (« je suis la référence sur tel sujet », « je suis là pour vous faire prendre conscience que… »), se retrouvent partout aujourd’hui dans notre société. Il n’y a donc rien de bien alarmant en soi. Le véritable danger est que certaines organisations profitent des universités, très libérales au point de vue des « échanges », pour recruter dans leur rangs des étudiants qui seront plus tard de véritables fanatiques.
J’ai vu personnellement au cours de mes études des affiches pour de véritables sociétés d’arnaques exploiter la détresse de certains étudiants en leur présentant des médiums pouvant répondre en direct à toutes leurs questions. Les énormes arnaques, où tel client donne toute sa fortune et s’endette pour deux générations ne sont pas les plus courantes, loin de là. Le plus souvent, il ne s’agit que de quelques dizaines d’euros par mois, augmentant très vite jusqu’à ce que la personne ne puisse plus suivre sans prendre un prêt, ce qui, lorsqu’on est étudiant, est chose quasi impossible.
Mais la détresse est là, et les rapaces également. J’en veux pour preuve l’affiche que j’ai eu l’occasion de voir accrochée sur un panneau, presque négligemment, et faisant, elle, la promotion d’un colloque organisé par une organisation sectaire, la rose-croix d’or. Il s’agit d’une société prétendument initiatique, donc à caractère ésotérique et mystique, où les relents de Franc-maçonnerie flirtent avec le ramassis d’idioties que constituent la Théosophie, sorte de croisement entre la théologie occidentale et les philosophies orientales. En d’autres mots, c’est une organisation sectaire qui abrutit ses membres avec des préceptes datant du 19e siècle, et qui désormais s’inspire du New-Age pour alimenter ses adeptes en sensations et réflexions.
On peut donc se rendre compte tout seul, dès lors que l’on fréquente les couloirs des universités avec un peu de recul sur les choses, que les universités françaises sont une véritable mâne pour les commerciaux de tout genre, pour les théoriciens en mal d’ego, pour les personnes sans scrupules, tant au point de vue commercial que moral.
Malgré tout, il existe un danger bien plus problématique aujourd’hui, et ce, depuis plus de cinquante ans maintenant.
Aucune organisation n’a en effet autant d’effets dévastateurs que les organisations politisantes présentes au sein des universités. On ne compte qu’une poignée d’organisations politisées à droite, l’UNI (affiliée actuellement à l’UMP) étant la seule à l’être au niveau national.
En revanche, la situation à gauche est autrement plus chaotique, à tel point que même les membres de ces « syndicats » ne savent pas combien ils sont. L’UNEF est le plus important d’entre eux, et se revendique comme le plus ancien de tous, quand bien même il ne se serait maintenu au fil des ans qu’en se scindant, se divisant, puis reprenant son nom d’origine… On peut également citer la MJS, qui, avec l’UNEF, forme le fer de lance du parti socialiste auprès de la jeunesse. Les organisations communistes, anarchistes, trotskistes, léninistes, marxistes et plus généralement d’extrême gauche grouillent comme des cafards dans les couloirs et les amphis des FAC.
Quels dangers l’étudiant innocent doit il aujourd’hui affronter au sein de ces « lieux de toutes les cultures » ? C’est ce que j’expliquerais du mieux possible dans la suite de cet essai.
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